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Etudes de textes SACRES

 

Introduction:

Exégèse « historico-critique » et exégèse « contextuelle ».

 

 

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Les analyses bibliques proposées ici déconcerteront peut-être ceux qui restent fermement attachés aux méthodes de l'exégèse historico-critique. L'analyses historico-critique est merveilleuse et je souhaite évidemment qu'elle ne cesse de nous offrir de ses fruits qui guérissent plusieurs sortes de fétichismes. Hélas, je n'ai pour ma part aucune des compétences requises pour travailler dans et avec ses méthodes.

C'est en aval de ces travaux savants que j'écris mes pages. Il y a là aussi beaucoup à faire qui ne soit simplement de la prêche. L'exégèse historico-critique en déterminant ses méthodes a aussi tracé ses frontières et j'ai dû très vite m'en rendre compte ; dès mon adolescence, de bon droit, je m'étonnais par exemple du contenu de la deuxième béatitude (« Bienheureux ceux qui pleurent » Mt5-4). L'exégèse historico-critique n'a jamais pu m'aider sur ce point. Elle a peu ou prou inspiré de belles nouvelles traductions françaises, mais je restais, moi, sur ma faim. Plutôt que de répondre à mon questionnement l'afflux de traductions – historico-critiques ou non d'ailleurs – ne faisaient que compliquer mes recherches...

« Heureux les affligés, car… » (Jérusalem)

« Magnifique les endeuillés car... » (Pléiade)

« En marche, les endeuillés ! Oui, ils seront réconfortés !… » (Chouraqui) 

Le bon sens m'invitait à préférer ici la formulation de Chouraqui moins masochiste que les autres. Elle supprime la déplaisante relation de cause à effet (« car », « parce que »...) et exhume un activisme jusque là plutôt caché (« En marche! »). Le rapport du prêcheur à la "victime" y est aussi moins équivoque, plus généreux... Oui, cette traduction a incontestablement quelques mérites au regard de …de ce que Jésus développe comme idéologie dans le reste des Evangiles !

L'école historico-critique admettrait probablement sans difficulté que – hors de toute considération linguistique ou archéologique – cette audacieuse traduction de Chouraqui approche bien l'esprit général des Evangiles. Mais elle aurait bien du mal à cautionner cette traduction. Elle préfèrera rappeler que l'exégèse historico-critique n'a pas pour but de plaire ou de déplaire, ni même de rendre plus cohérent l'ensemble des Evangiles. Pour elle, on ne peut pas mettre la charrue avant les bœufs : l'esprit général d'un texte est la conséquence des mots qui le composent et non l'inverse (l'inverse ici présupposerait une connaissance de la pensée du Christ ou de l'évangéliste alors qu'on ne cherche encore qu'à bien l'entendre !). Or dans l'état actuel des sciences, le "En marche" de Chouraqui convient plutôt mal pour traduire ce que les auteurs canoniques nous ont concrètement donné à penser.

L'analyse historico-critique qui ne peut tout dire laisse donc un grand espace vide. A charge d'autres (et en particulier aux exégètes dit « contextuels ») d'expliquer là ce qui ne relève pas de sa méthode. Une autre cohérence – historique elle aussi, et ce n'est là qu'un apparent paradoxe – le réclame.

Partant de ces traductions en langue vernaculaire, après que les savants les aient nettoyées des malveillances du temps et de quelques malentendus historiques, on a besoin maintenant de raffermir l'organicité, la vitalité de la source. Chouraqui, à sa manière et pour un certain public de « raffinés », y excelle. A sa suite et à la suite d'autres « artistes » (citons par exemple Pilam, Pasolini…), on s'aperçoit vite que les contextes évangéliques créent par delà les incontournables vérités linguistiques ou archéologiques, des nécessités de cohérence négligées par les méthodes savantes traditionnelles. L'intuition de Chouraqui mérite mieux que de la condescendance des savants. On sent bien que Chouraqui est aussi un savant, qu'il nous dit aussi quelque chose de bel et bien « historique » dans sa traduction de la béatitude, serait-il même prouvé que jamais l'auteur canonique n'aurait écrit ou dit "en marche"!

Dépourvu de l'intelligence de l'hébreu, du grec et de l'araméen, j'ai quand même reçu le privilège de l'humanité. C'est ce privilège, uniquement lui, qui m'autorise d'évoquer en aval des savants, de Chouraqui et de bien d'autres ce qui ne me semble parfois avoir été méprisé ou oublié depuis des siècles. Rien d'important bien sûr... mais je me trouvais là une utilité imprévue à l'heure où moi-même j'essayais de mettre en bande dessinée les Evangiles et constatait que bien des choses devait être dites encore pour rendre la geste sacrée simplement plausible ! Non seulement des mots mais aussi la vie qui inclus aussi bien des rires, la feuillée (quand même citée deux fois dans les Evangiles), la gueule de bois, la beauté, la laideur journalière… On ne peut quand même pas éternellement se contenter d'une présentation « théâtrale » de l'incarnation. La dernière scène de Vinci, c'est beau, c'est fort, c'est riche… mais c'est tellement loin de la vérité ! On ne peut pas indéfiniment, à cause de réalités linguistiques et archéologiques déguiser l'incarnation au dépend de l'histoire

.Ne vous étonnez pas du choix à priori étrange des sujets et des manières... Jugez aux fruits.

Bonne lecture

Chiangmai Septembre 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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