Accueil de STYLITE.net - Retour au menu "religion"

Dialogue bouddhisme-christianisme

 

L'oreille jaune, la Revelation

Réduire la taille du texte Aggrandir la taille du texte

 

Pour le peu que j'ai observé, il me semble pouvoir dire que l'oreille orientale (Asie « jaune ») est plus écoutante que l'oreille occidentale. En Occident, l'orgueil de la raison a trop vite fait d'étouffer le délicat murmure de l'altérité. C'est peut-être pour cela au fond que la lucidité occidentale est à ce point dépendante de la dialectique.

Dans sa réceptivité toute orientale, le fidèle bouddhiste thaïlandais n'a pas besoin d'une religion révélée qui lui dise et contredise ses blocages cognitifs. La belle discrétion de « l'autre » arrive plus facilement, je pense, au cœur de leur cœur.

Avec l'oreille sourde du genre sémite et de tout l'Occident à sa suite, il fallait que la chose spirituelle s'impose par un Dieu …et un Dieu qui crie une révélation !

Osons une formule excessive et apparemment paradoxale : l'anthropomorphisation de l'idéal spirituel était Sa seule chance de nous atteindre au cœur. Dès que Dieu s'est abaissé à devenir une personne, il devenait non seulement différent mais encore plus manifestement « autre » en chacun de nous et pouvait alors, dans cet ordre symbolique particulier, enclencher une dialectique avec nos têtes dures.

Puisse Dieu pardonner à tout l'Occident de l'avoir ainsi enfermé dans le carcan du mot « Dieu » à cause de notre faiblesse éthique (car écouter mal ou peu ou pas est évidemment une faiblesse dans la sphère de l'éthique avant que d'être une faiblesse intellectuelle… du moins dans la sphère éthique inhérente à l'existence de ce Dieu-là !)

Probablement que Celui qui nous a donné de s'enfermer lui-même dans la cage du mot « Dieu » aime cette ouverture de l'oreille orientale qui lui a permis, là, de ne devoir ni se « révéler » ni se « désolidariser de l'âme humaine » avant de s'y abandonner à nouveau dans une noce mystique.

Il n'avait donc pas, là-bas, à imprégner comme chez nous la spiritualité du sens du sacrifice et d'une nécessité de Rédemption. Un subtil jeu de concepts comme « illusion », « vacuité », « éveil » ou « nirvana » y suffit pour entrer d'avantage dans la chair spirituelle.

Hélas, quel Occidental arrivera à entrer dans cet ordre symbolique ? J'aurais beau pour ma part y consacrer toute ma vie à venir que, prisonnier de ma structuration intellectuelle, je penserais en terme de Dieu révélé et personnel puisque, après tout, il n'y a pas de raisons qu'Il cesse soudainement de me parler !

Un ordre symbolique n'efface pas l'autre. Rieman n'efface pas plus Euclide que Bouddha n'efface ce Jésus qui me challenge au fond de ma raison. Si je ne percevais pas la contradiction logique de mon propos, je dirais que Dieu s'est fait Dieu pour nous donner une chance de participer à la divinité. Il n'y a pas moyen, pour moi en tout cas, d'être à la fois chrétien et bouddhiste. Je ne dis pas que c'est impossible mais moi, je suis trop petit pour cela et je demande à Dieu de me pardonner cette faiblesse.

Chiangmay, 2006.

 

 

Retout au menu "Bouddhisme et Christianisme"

Retour au menu de la section "religion"

Retour à l'accueil de "Stylite.net"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

paul yves wery - contact@

aids-hospice.com & prevaids.org & stylite.net