Les aides-soignantes


C'est sur elles que repose tout le service de soins à l'hospice. Leur travail est particulièrement ingrat : elle changent les couches-culottes (abondamment souillées), nettoient des vomissures fort peu appétissantes, lavent des plaies remplies de pus et de sang, s'exposent à des maladies contagieuses fort dangereuses (comme la tuberculose, et sans oublier… le sida !), maternent des malades parfois confus et agressifs, font la toilette de cadavres… Juste le fait de pénétrer dans les salles pleines de microbes suffit à les exténuer avant même d'avoir commencé à prodiguer les soins.
En moyenne, la proportion est de dix aides-soignantes pour soixante-dix patients (la plupart 'lourds' car agonisants). Elles travaillent 12 heures par jour, six jours par semaine, se ruinant la santé sans véritable couverture sociale. Elles sont moins payées et moins considérées que des employées de bureau car on les estime moins qualifiées. Elles sont donc loin d'être rémunérées en fonction de leur mérites.
Si on les questionne à ce sujet, elles répondent qu'elles ne peuvent travailler moins car elles ont besoin de gagner le plus possible, c'est-à-dire six mille cinq cents bahts par mois. Certaines sont soutien de famille, d'autres aimeraient se payer des études supérieures ou simplement offrir une bonne éducation à leur enfant.
Si on en parle avec le directeur, il explique que l'hospice n'a pas le choix : le personnel soignant est payé suivant le barème en vigueur dans tous le pays, sans compter les avantages en nature (riz, uniformes…). Il n'est pas possible de leur offrir une couverture sociale comparable à celle de l'état.
Ce qui fait que les candidates ne se bousculent pas vraiment pour venir se faire embaucher dans cet enfer. Et donc, autant que l'argent, le personnel fait cruellement défaut. Idéalement, il faudrait un genre de 'sponsor' très particulier qui pourrait fournir et 'entretenir' une équipe de dix aides-soignantes supplémentaires qu'il paierait six mille cinq cents bahts par mois pour une semaine de 40h, en mettant naturellement toutes les équipes au même tarif.
Le médecin aimerait parfois pouvoir dire à une employée sujette à des règles douloureuses : " Prends une journée de repos et reviens-nous plus forte pour affronter les microbes du mouroir ". Mais c'est impossible, comme il est inconcevable de permettre à une aide-soignante qui s'est blessée avec une aiguille infectée de s'absenter une semaine (alors qu'elle doit, dans ce cas, suivre une lourde thérapie préventive pendant 28 jours) sans obliger les autres employées à combler son absence. Et pourtant ce genre d'accident est inévitable quand on travaille avec une telle pression sur le dos. Il suffirait de bras supplémentaires…
(Traduit de l'anglais par Raymond Vergé)

NB; Ce texte est de 2002. Depuis 2004, quelques étudiants ont été introduits en salle pour aider l'équipe des aides-soignantes

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paul yves wery - aidspreventionpro@gmail.com

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