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Christianisme et Bouddhisme

 

 

Introduction

Sources et esprit de ces pages.

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Je quitte la médecine. Je me prépare à entrer dans un ordre contemplatif.

Comme j'ai travaillé de nombreuses années dans le monde théravadien, lorsque j'ai annoncé ma décision, on m'a souvent demandé si je deviendrai un bonze ou un moine chrétien.

Je serai un moine contemplatif chrétien parce que durant mon enfance, j'ai été « formaté » en chrétien. Pour moi, l'expérience spirituelle se verbalise donc plus naturellement dans un ordre symbolique et conceptuel chrétien… "Hélas!" ais-je envie de dire par provocation.

La vie contemplative est un long travail initiatique qui exige un usage intensif des ressources de l'ordre symbolique et conceptuel à l'origine de la religion « utilisée ». Je ne suis pas, moi, à ce jour, capable « d'intérioriser » un nouvel ordre symbolique (ce qui est bien plus que l'étude d'une langue!) sans risquer d'énormes pertes de temps voire l'échec pur et simple. J'ai presque 50 ans...

« Formaté » chrétien plutôt que « formaté » Bouddhiste… Qu'est-ce que cela veut dire? Cela signifie que le sujet de l'expérience spirituelle, lorsqu'il désire insérer cette expérience dans un langage intelligible (en vue de mieux la distinguer de l'expérience psychologique ou sociale, de mieux la comprendre voire de l'utiliser pour progresser spirituellement), passe naturellement par des symboles et des concepts dits « religieux ». Dans la sphère chrétienne : "Dieu", "personne", "amour (agape)", "pardon"... Des symboles et concepts qui n'appartiennent pas aux fondations du Bouddhisme. Chez ces derniers, comme fondations, on utilisera plutôt des symboles et des concepts comme « vacuité », « illusion », « détachement », « karma »…

Comme les concepts et symboles passent nécessairement par des mots pour entrer dans notre langage, il y a une possibilité d'homonymie qui pourra susciter de la confusion dès les premiers efforts de traduction. Les traducteurs n'appartiennent qu'à une seule sphère symbolique et leurs approches des concepts et des mots (dépendants de l'ordre symbolique sous-jacent) en seront donc affectées. Les hommes capables « d'intérioriser » deux sphères symboliques et ayant en plus un sens aigu des langues sont des spirituels d'exception (et pour causes !). Ces hommes n'ont pas nécessairement envie de passer du temps a dénoncer les ambiguïtés linguistiques qui encombrent le dialogue entre LES religions (pluriel) lorsqu'il est question de « LA » spiritualité (singulier). Mais ces hommes existent : Raimon Panikkar ? Krishnamurti ?…

Soyons pratiques. Citons quelques homonymies évidentes qui seront le propos de ces pages web : « Dieu », « compassion », « mort », « incarnation », « je-moi », « temps » (…) Tous ces mots sont utilisés parfois très différemment dans le Bouddhisme et dans le Christianisme (et encore dans d'autres ordres symboliques et conceptuels comme la science, la psychanalyse ou l'art). Certains de ces symboles ou concepts sont pourtant « fondateurs » pour l'une ou l'autre religion et ont un grand impact dans la vie affective ou sociale, dans l'énoncé des idéaux eschatologiques ou éthiques... C'est dire l'enjeu !

Je ne place le Bouddhisme ni au-dessus, ni en dessous du Christianisme. J'aime le Bouddhisme. J'aurais pu aussi bien le détester pour en avoir fréquenté les plus mauvais côtés. Si je l'aime encore, c'est par et malgré ce qu'il signifie SUR LE TERRAIN. Il n'y a plus en moi le moindre fantasme lorsque je pense à cette religion. Je n'ai laissé aucun voyagiste, aucun romancier ou dessinateur m'abuser par des rêves exotiques. J'ai encore moins laissé les théologiens et les philosophes m'abuser. Je veux et je peux me dégager de mes connaissances livresques qui sont d'ailleurs minuscules. Et c'est justement à ce titre que je pense pouvoir dénoncer une imagerie trop simple qui circule en Occident.

Les pages qui suivent sont écrites à la première personne parce qu'elles sont avant tout le produit d'un « je » singulier qui fut durant quelques périodes de son passé très engagé dans le christiannisme, et maintenant voué à devenir moine le plus vite possible... Mais aussi le produit d'un "je" singulier ayant vécu des expériences inter-culturelles très singulières (et utile pour notre propos par cette singularité!).

Il peut être utile ici de mieux expliciter ces expériences qui fondent mon approche du terrain théravadien et établissent les limites de mon analyse.

Pour faire court, j'eus quatre « laboratoires d'observations ». Deux centres de méditation théravadiens et deux monastères théravadiens tout à fait atypiques (très instructifs justement,comme nous le verrons, par les effets de cette marginalité au sein du monde théravadien).

Quels centres de méditation? Le premier au SriLanka, près de Kandi en 1985. On y faisait honneur à la technique la plus classique du théravada connue sous le nom de 'Vipassana'. Le deuxième centre, fréquenté en 2007, est en Thailande près de Pisanoulok. Il s'y enseigne une autre forme de 'vipassana' sous "la férule et l'aura" du fameux monsieur Goenka (laïc)', le "grand gouru" du neo-théravada Indien... ce qui rend ce centre peut-être un peu plus polémique que le premier.

Quels monastères ? Le monastère "SraKaew" à Angtong entre 1987 et 1990 qui était un immense orphelinat de plus de deux mille enfants et le monastère PhraBatNamPhu à Lopburi entre 1996 et 2004, un mouroir pour sidéens avec plus de 550 décès par an à l'époque. Ces deux monastères, avant d'en avoir « ruminé » les expériences, ont été décrits ex abrupto dans des livres à peine expurgés (il fallait quand même expurger un tout petit peu pour préserver de bonnes relations mais le lecteur intelligent n'en sera pas dupe). Pour le monastère-orphelinat, voir "La Pagode aux enfants" chez Fayard (1992) (Je prie le lecteur éventuel d'excuser le côté superficiel et naïf de ce premier livre … j'étais très jeune à l'époque de cette rédaction). Pour le monastère-mouroir, voir « Chroniques d'un mouroir thaïlandais » publié chez Matichon en Thaïlande (en thaïlandais). Ce dernier livre est aujourd'hui épuisé mais accessible en français, en "basic English", en japonais et en thaï par des fichiers électroniques téléchargeables sur quelques sites (pour le téléchargement de ce livre, cliquez ici).

 

 

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